Une bonne densification passe par le respect des espaces verts

Le caractère de nos villes et villages résulte de l’interaction entre les bâtiments, les rues, les jardins potagers, les murs d’enceinte ou les pré-vergers. Une approche visant à préserver ces valeurs uniques fait défaut dans nombre de localités. La pression visant à accroître la densité dans les pôles de croissance et l’exigence d’une réduction des zones à bâtir à la campagne imposent de nouvelles stratégies qui appréhendent le paysage et l’habitat comme un tout. Sinon, on court le risque d’une expansion précipitée vers l’intérieur.

Pour une reconnaissance du paysage dans les centres

Les vignes s’étendent jusqu’au cœur de la localité. Entre les maisons, derrière des murs, des jardins potagers prospèrent avec leurs arbres fruitiers et leurs arbustes à baies dans lesquels gazouillent les oiseaux. A Fläsch, dans les Grisons, ce tableau idyllique était menacé de disparition: ces parcelles se trouvaient en zone à bâtir et pouvaient donc être construites. Il a fallu une idée lumineuse, beaucoup d’engagement et un travail de longue haleine afin de préserver ce précieux ensemble grâce à un remaniement du périmètre constructible. En décernant le Prix Wakker en 2010, Patrimoine suisse a reconnu ces efforts et les a fait connaître.

Au début à Fläsch, on a fait simplement le constat que la campagne ne commençait pas en bordure de l’habitat mais bien au milieu du village. Au final, c’est un calcul d’épicier qui a emporté la décision: grâce à un dézonage au bon endroit dans le centre et au classement en zone à bâtir d’un pré en bordure de la localité, on n’a pas perdu un seul mètre carré. En définitive, la commune a saisi cette opportunité de se développer librement sans devoir sacrifier ce qui fait son caractère.

Déclasser des terres agricoles afin de préserver le paysage dans les centres

La révision de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire met de nombreux cantons au pied du mur: dans beaucoup de communes de Suisse, les zones à bâtir sont trop vastes. La loi acceptée par une très nette majorité des citoyens impose maintenant des stratégies visant à réduire les surfaces constructibles.

L’exemple de Fläsch montre que le déclassement ne doit forcément être effectué à la périphérie de l’habitat: trop souvent, les planificateurs d’il y a 30 ou 40 ans ont transformé des projets de développement fantaisistes en plans de zones. C’est ainsi que des coteaux d’église, des vergers, des potagers et des jardins d’agrément ont été affectés aux zones à bâtir sans tenir compte de leurs qualités spatiales. Ils sont passés ainsi du statut de terres agricoles à celui de surfaces constructibles – et ainsi à celui de valeurs financières.

Il est temps de corriger vraiment les erreurs de la planification urbaine – même si cela exige du temps et de l’argent. Le dézonage forcé serait un moment idéal pour protéger de la construction des espaces verts, de faible surface certes mais ô combien importants, dans les villages. En 2015, Patrimoine suisse a déjà évoqué cette occasion unique.

Sortir d’un cadre de pensée dépassé

La loi sur l’aménagement du territoire révisée ne met pas la priorité sur le dézonage mais sur la densification vers l’intérieur. Mais les mêmes principes sont de mise dans ce cadre: une densification positive sur le long terme n’est possible que si l’on parvient à concilier identité et développement. Si on laisse disparaître inconsidérément les vieux murs ceignant les propriétés, les grands tilleuls sur les places des villages ou les cèdres dans les jardins des villas, la densification laissera derrière elle des cicatrices inguérissables.

Des exemples tels que celui de la commune de Fläsch ou du val Bregalia (lauréat du Prix Wakker 2015) montrent comment ces défis peuvent être relevés de manière pragmatique et réaliste. Une sensibilité à la valeur du paysage dans les zones bâties est nécessaire avant tout. Car on déplore en général la perte de quelque chose seulement lorsqu’il est trop tard.

Dans les villages, l’«espace de rencontres», comme le demande l’Année du jardin 2016, ne naît pas forcément dans les parcs mais souvent là où, intuitivement, les gens se sentent à l’aise et retrouvent un peu de leur identité. A cet effet, les milieux politiques, de la planification du territoire, de la conservation des monuments ainsi que de la protection de la nature et du paysage doivent être animés de la volonté de collaborer afin d’unir leurs connaissances et leurs revendications.

Lien vers l'article sur le site Année du jardin 2016

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Article issu des Cahiers de l'ASPAN n°2/2015